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25 octobre 2004

Réflexions au sujet de la menace de fermeture du collège de Bagnac

Max CALTAGIRONE Figeac, le lundi 25 octobre 2004

Quelques réflexions sur la menace de fermeture du collège de Bagnac

Le collège de Bagnac est plus que menacé de fermeture : ainsi en a décidé notre nouvel Inspecteur d’Académie. Je voudrais, par delà la nécessité de défendre ce collège puisque nous sommes là pour défendre les intérêts matériels et moraux des syndiqués, replacer ce débat dans le cadre de l’aménagement du territoire. Ce collège a été d’abord un Cours Complémentaire qui est devenu CEG en 1963. Il n’a JAMAIS eu plus de cinq classes, même bien avant la baisse démographique qui s’est amorcée, dans les collèges du Lot, dès 1979.

En 1993, Charles Pasqua, en tant que Ministre de l’Intérieur du gouvernement Balladur, avait lancé une étude sur l’aménagement du territoire qui devait faire une prospective jusqu’à l’horizon 2015. Notre Inspecteur d’Académie de l’époque, qui s’appelait Paul Lombard, a donc formé une commission des collèges ruraux, qui a travaillé sur deux années scolaires, entre janvier 1994 et mai 1995, avec un point d’orgue en octobre 1994 lorsque le recteur Joutard a participé à l’une de nos réunions. J’ai représenté alors la toute jeune FSU à l’ensemble de ces réunions.

Trois points avaient été particulièrement étudiés :

  Est-ce que les collèges ruraux apportent un « plus » ? La réponse avait été unanimement positive. Certes, si on étudie une cohorte à l’état brut, les élèves sortant d’un collège urbain du département ont de meilleurs résultats à terme. Mais, pour pouvoir travailler sur ce qui est comparable, il est indispensable d’apporter un correctif prenant en compte les différences de milieux sur le plan social, matériel et culturel. Si ce différentiel est pris en compte, on s’aperçoit que les élèves des petits collèges ruraux s’en sortent plutôt mieux, leur principal handicap se limitant à une adaptation plus longue en seconde en lycée. Toujours en tenant compte de ce différentiel, et selon des études portant sur les toutes petites écoles rurales, des petits RPI, voire des classes uniques, les élèves issus de ces écoles s’en sortent plutôt mieux en 6ème, malgré la difficulté d’adaptation. Cela n’est d’ailleurs nullement surprenant puisque le taux d’encadrement de ces petites structures est bien meilleur. La rectrice avait déclaré qu’avant toute fermeture, une telle étude aurait lieu. Mais ce genre d’évaluation requiert une très grande rigueur car l’application de ce différentiel socioculturel peut être sujet à plusieurs interprétations. Est-ce que cette étude va être menée avec toute la rigueur requise ? Ou est-ce que la décision n’est pas déjà prise.
  Est-ce qu’un collège apporte quelque chose au point de vue de l’aménagement du territoire ? Là, la réponse avait été encore plus affirmative. Comme le dit l’écriteau placé aujourd’hui au centre de Bagnac « La fermeture du collège, c’est la mort de Bagnac ».
  Monsieur Lombard avait fait remarquer, cela se passait en octobre 1994, qu’il n’était pas possible de parler du collège de Bagnac au même titre que d’un bureau de poste ou d’une perception, car l’horizon 2015 était beaucoup trop éloigné. En 1994, il était possible de prévoir le nombre d’usagers des bureaux de poste ou des perceptions en 2015 mais pas ceux d’un collège car cela aurait porté sur des élèves qui n’étaient pas encore nés. J’avais alors fait observer que l’on pouvait prendre en compte les élèves déjà nés et qui étaient déjà « comptabilisés », c’étaient les élèves qui avaient deux ans à la rentrée 1994 et trois ans à la rentrée 1995 : ces élèves là ne seront en troisième que pendant l’année scolaire 2006-2007. Monsieur Lombard avait convenu que pour ces élèves là, il n’y avait pas de problèmes, et qu’il faudrait en reparler plus tard. Or, l’Inspecteur d’Académie actuel réfute cet argument : il prétend que même avec les effectifs actuels, c’est un « gaspillage » de conserver ce collège et il n’a même pas attendu l’horizon déterminé alors.

Cela pose aussi un autre problème : les préfets, les IA, les recteurs, défilent les uns après les autres. Ils sont d’ailleurs astreints à « la loi des six ans » et, en pratique, ils ne restent en place que moins que cela. Les successeurs n’assument pas toujours les paroles des prédécesseurs. Je me retrouve ainsi, souvent, comme l’unique témoin de ces époques et ce qui a été dit n’est plus pris en compte. Que faire ? Faut-il tout enregistrer ? Faut-il venir aux audiences et aux réunions avec un huissier pour tout constater ? Autrefois, le recteur Chalin était resté en place de 1969 à 1982 : je ne suis pas sûr que le turn-over actuel soit une bonne chose, cela aide trop souvent les responsables en place à fuir leurs responsabilités.

La droite ne respecte d’ailleurs pas ce qu’elle avait elle-même indiqué à cette époque : pendant longtemps, la droite a proposé le « guichet unique », rejeté par les organisations syndicales, au nom de la spécialisation des fonctions des fonctionnaires. Mais, aujourd’hui, il n’est même plus question de « guichet unique ». Tout ferme, au nom de la « réforme de l’État ». Tout au plus, va-t-on confier les tâches postales à des buralistes. Bagnac a vu, il y a quelques années, la fermeture de sa gendarmerie, puis la fermeture de sa gare, devenue une simple halte. Depuis un an, il y a eu la fermeture de la perception, celle de la poste qui perd son tri et devient une simple agence postale ; il y a aussi la fermeture du frêt, de la part de la SNCF, entre Capdenac et Arvant, ce qui menace l’entreprise Larrive qui pourtant se remettait bien. Le maire, UMP, Fausto Araqué, dénonce tout cela, en conseil municipal, et dans toutes sortes de réunions publiques ou privées, et il parle de désertification et de mesures contre l’aménagement du territoire, mais il soutient ce gouvernement qui prend toutes ces mesures !

Pendant ce week-end des 23 et 24 octobre, la Creuse a connu un phénomène peu banal : des centaines d’élus ont manifesté à Guéret et, parmi eux, 28 maires et 1 conseiller général ont démissionné. La Creuse vient de perdre quatre perceptions. La Creuse avait vingt collèges, comme le Lot. Un collège avait fermé il y a quelques années, celui de Sardent, à 23 km de Guéret mais à 680 mètres d’altitude. Un second collège vient de fermer, celui de La Courtine Le Trucq, sur la route de Felletin à Ussel, juste à la limite de la Corrèze.

Il ne faut pas laisser dire qu’une commune dépérit déjà et que ce n’est pas la fermeture du collège qui provoque le dépérissement, c’est faux, car l’aménagement du territoire est un ensemble. Il y a une vingtaine d’années, un lycée professionnel a fermé dans les Hautes-Pyrénées, celui de Saint-Pé de Bigorre, situé à la limite du département des Pyrénées Atlantiques. Saint-Pé avait autrefois sa gare et tous les trains circulant entre Tarbes, Lourdes et Pau s’y arrêtaient : aujourd’hui, ce n’est plus qu’une halte, où ne s’arrête qu’un seul TER par jour dans chaque sens.

Donc, le problème va bien au-delà du simple problème du collège de Bagnac. Les enjeux sont considérables. Il ne faudrait surtout pas réagir avec fatalisme : la défense du collège de Bagnac peut et doit se faire.

Voulons-nous que le Lot devienne un désert ?

HALTE A LA DÉSERTIFICATION !

Max Caltagirone

 

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