www.snuipp.fr

SNUipp 46 : syndicat des enseignants du premier degré du Lot

Navigation

Vous êtes actuellement : Actu 

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {}
22 mai 2018

Vers une déprofessionnalisation du métier d’enseignant-e

Avec Jean Michel Blanquer, on assiste aujourd’hui non seulement à une absence de restauration de la formation des enseignant-e-s mais à une remise en cause de leur professionnalité.

Il y a le projet qu’on laissera ici de côté sur la formation initiale avec l’idée d’instaurer deux années de contractualisation avant d’être titularisé.

Le ton avait été donné dès décembre 2017, au lendemain de la parution des évaluations internationales PIRLS sur la lecture. Le ministre avait en effet déclaré que « laisser les enseignants choisir leurs méthodes et leurs manuels relevait de la non-assistance à élèves en danger », ressorti du placard la dictée quotidienne, prescrit que les APC soient exclusivement consacrés à la lecture.

Animations pédagogiques pour l’an prochain

Il y a la note ministérielle du 26 mars 2018 adressée aux recteurs, IA-DASEN et IEN restreint les 18h d’animations pédagogiques à 9h de français et 9h de mathématiques en élémentaire. En maternelle, le contenu proposé doit s’inscrire dans la continuité des Assises de la Maternelle, tout en incitant à rattacher la « formation » des collègues de GS à celle des CP.

On est là sur une conception descendante de la formation. Les enseignant-e-s ne sont plus estimé-e-s aptes à formuler des demandes individuelles ou d’équipes, ou à effectuer un choix dans une offre diversifiée.

APC

La note ministérielle du 29 mars 2018 adressée aux recteurs, IA-DASEN et IEN restreint les APC à des activités de lecture pour tous les groupes d’élèves et étend la portée des injonctions pour renforcer l’entraînement, en allant même jusqu’à prescrire la forme pédagogique des séances (« ateliers », « clubs de lecture »).

Le SNUipp FSU comme la grande majorité de la profession considère les APC inefficaces. Pour autant, prescrire les contenus et la formes va aussi à l’encontre de la professionnalité, cet à dire notre capacité non seulement à repérer des élèves mais surtout à concevoir des propositions pédagogiques adaptées et pas plaquées.

130 pages pour faire écran aux programmes et un petit livre orange...

Les quatre notes de service 2018-049 à 2018-052 parues au BO le 25 avril sont consacrées à l’enseignement de la lecture, de la grammaire et du vocabulaire, du calcul et de la résolution de problèmes. L’analyse critique du SNUipp-FSU a tout à la fois questionné le statut ambigu de ces textes par rapport aux programmes de 2015, interrogé les orientations pédagogiques restrictives (conception « étapiste » de l’apprentissage de la lecture où la maîtrise du code précède celle d’une compréhension sous-dimensionnée, mise sous silence de la production d’écrits, recours au numérotage-comptage pour la construction du nombre, etc.), dénoncé leur tonalité très injonctive qui touche au cœur du métier (« le maître passe dans les rangs… ») et démontré leur inaptitude à résoudre le problème des inégalités à l’école, pointées par les évaluations internationales.

La contribution du SNUipp-FSU sollicitée dans l’urgence a permis d’obtenir quelques modifications à la marge en calcul et résolution de problèmes. En revanche, en français le ministère s’est obstiné dans ses orientations en ne retenant aucune des propositions du SNUipp-FSU, pourtant fondées sur ce qui fait consensus dans la recherche et sur la conformité des textes aux programmes 2015.

Guide CP

Enfin, le 26 avril, c’est dans Le Parisien que nous apprenons la diffusion d’un guide de 130 pages « pour enseigner la lecture et l’écriture au CP », envoyé ensuite à toutes les écoles. Ce guide est essentiellement consacré à la méthode syllabique. Il encadre très fortement les pratiques, allant par exemple jusqu’à préconiser que « les élèves prononcent chacune des syllabes lues collectivement à l’unisson ».

Et sont annoncées des préconisations précises sur les manuels à utiliser. Il s’agira de manuels « pour tous les élèves, explicite(s), linéaire(s), clair(s) », en cohérence avec la conception « étapiste » de l’apprentissage de la lecture déclinée dans le guide CP.

Les notes et le Guide CP sont des leviers pour faire du métier d’enseignant un métier d’exécutant. Pourtant, notre cadre de travail est et reste celui des programmes nationaux. Les programmes votés à l’unanimité en Conseil supérieur de l’Education ont force de loi, et le corps enseignant a toujours la liberté pédagogique dans leur mise en œuvre.

Des exécutant-e-s pour une école encore plus inégalitaire

Au delà de la question du métier, c’est enlever du pouvoir d’agir aux enseignant-e-s, c’est à dire leur capacité à répondre aux élèves qui pour une raison ou une autre sont éloignés ou moins adaptés à la norme scolaire.

Cette fordisation ou toyotisation du métier ne peut que standardiser les pratiques, enlever la capacité d’inventivité, d’adaptation, de conception nécessaires pour proposer des situations aidantes aux élèves les plus fragiles.

C’est donc eux, celles et ceux qui ont un besoin vital d’enseignant-e-s formé-e-s, avec un hauit niveau de qualification, qui seront les premières victimes de l’entreprise de standardisation de monsieur Blanquer.

 

28 visiteurs en ce moment

*Top
©Copyright 2006 - SNUipp 46 : syndicat des enseignants du premier degré du Lot, tous droits réservés.